30 mars 2007
La fonderie absolue
Pour un électrotypophile tel que moi, déterminer quelle est la meilleure fonderie est un vaste sujet de réflexion.
Sur quels critères peut-on se fonder pour déterminer la qualité d’une fonderie ? Le nombre de polices proposées, le rapport qualité-prix, le prestige des designers ?
En fait, je crois que pour avoir la réponse à cette question, il faut se replonger dans l’ouvrage de Tschichold ou repenser à la maxime de Maximilien Vox, c’est-à-dire penser à la typographie en termes de discipline, d’exigence et d’universalité.
Il ne faut pas se laisser piéger par le charme du dessin. Cela n’a pas une grande importance. La typographie est un art anti-original. Le but n’est pas tant de faire montre de personnalité que de faire montre de perfection.
La typographie s’inscrit dans la durée.
Les premiers ouvrages typographiques étaient des bibles, ne l’oublions pas. Gardons en tête cet esprit des moines copistes. On forge, on façonne pour l’Éternité.
Peu importe les contingences du monde, l’exigence absolue de vérité, de clarté, d’inscription dans le mystère de Dieu n’a pas de prix.
Évidemment, ce genre de discours va à l’encours de toute la praxis mercantile qui régit aujourd’hui le monde électrotypographique. Les nouvelles polices sortent comme sortent tous les produits culturels qui eux mêmes sont promus comme n’importe quel type de produit.
Voici 8 mois que je suis par des achats réguliers la production typographique actuelle. En fait, cela ne sert à rien. L’approximation de mes choix couplée à la justesse approximative des produits que j’ai acheté ne font qu’engendrer davantage de frustration, sans jamais aboutir à ce que je puisse me dire : « cette fois c’est la bonne ». Ce serait sans doute tragique pour tous ces marchands alchimistes. Ce serait tragique que je trouve enfin la police qui m’apportera entière satisfaction.
À ma connaissance, seule la fonderie Linotype propose des produits définitifs, des polices qui, si vous les achetez, vous suffiront pour le reste de vos jours. Je tape ce texte avec Sabon Next sur mon Mac sous Mellel. C’est ça la perfection électrotypographique. Je n’ai besoin de rien d’autre. Cela ne sert plus à rien. L’errance est terminée. Pourquoi continuer à vagabonder dans les limbes ?
En apparence, il pourrait y avoir un « mais » : le prix de ladite police, soit la modique somme de 1188,81 €. Cela paraît exorbitant pour une police. Mais j’ai largement dépensé la même somme, répartie sur une myriade de polices qui ne me serviront pas à grand’chose, en définitive.
Ce que je dis de Sabon Next est également vrai pour Palatino Nova (prix : 1 069,81 €).
La typographie, c’est une lente procession lucide face à l’écroulement accéléré du monde.
25 mars 2007
La typographie et la poésie à la rescousse de l'incurie éditoriale
J’étais au Salon du Livre hier. Beaucoup de livres, bien sûr ; mais aussi beaucoup (trop) de célébrités, venues se montrer ou dédicacer.
Liste (non exhaustive) des célébrités vues hier :
Marc Lévy
Roger Hanin
Amélie Nothomb
Claude Sérillon
Raymond Poulidor
Françoise Fabian
Jean-Philippe Probst
Patrick de Carolis
Malek Chebel
Jacques Marseille
Patrick Eudeline
Bien sûr, il y avait l’Inde ; mais honnêtement, je n’y ai pas prêté attention.
Loin des livres à grand tirage, j’ai acheté deux livres capitaux dans leurs domaines respectifs (typographie et poésie) :
- Jan Tschichold, Typographie et livre, Allia
- René Char, Œuvres complètes, Bibliothèque de la Pléïade, Gallimard
La typographie, un art vert-de-grisé
Je suis en train de lire Livre et typographie de Jan Tschichold. Quelle leçon ! Quelle leçon de sobriété, d’effacement, de professionnalisme, d’humilité devant la grande tâche de la typographie : le service du texte.
Et tout d’abord, l’application du bon sens, de la logique, du bon goût — qui sont, contrairement à une idée répandue, non pas l’affaire de chacun mais une structure mentale répondant à des principes universels.
En lisant Jan Tschichold, on se rend compte de la tendance à trop privilégier le graphisme (et ses effets de mode, et ses egos surdimensionnés d’artiste, et l’opportunisme visuel des publicitaires) au détriment de la “typo” — c’est-à-dire de l’empreinte, de ce qui dure, de la patience, de ce qui exige du temps pour s’inscrire durablement.
Fort de ces principes, j’ai commencé à passer en revue les polices que j’avais acheté dernièrement. Grâce à mon imprimante (Lexmark E250D), je leur ai fait passer le test de l’impression. Et quelle ne fut pas ma surprise de constater que bon nombre d’entre elles étaient tout simplement décevantes sur le papier. La typographie est décidément l’un des rares domaines où l’expression “sur le papier” désigne la réalité et non la théorie.
Peu de polices en ma possession ont échappé à ce test basique mais redoutable. La plus brillante dans ce domaine est la police MVB Verdigris que je me suis procuré dans sa version complète pour l’occasion, si déçu que j’étais par tant de mes acquisitions antérieures.
Dans l’article présenté dans le lien ci-dessous, il est justement question de MVB Verdigris, de la réussite exemplaire de sa réalisation qui tient pour beaucoup à un phénomène trop majeur pour ne pas être évoqué ici directement par votre serviteur.
Beaucoup de polices sont des adaptions numériques de caractères anciens d’après des poinçons trop grands ; cela a pour effet de rendre le gris typographique trop lâche. C’est justement cela qui fait toute la force de MVB Verdigris, qui ne brille par ailleurs ni pas l’originalité de son dessin, ni par la virtuosité technologique de sa réalisation (du Postscript Type 1 à l’heure de la généralisation de l’OpenType). Une vraie leçon de typographie.
http://www.creativepro.com/story/feature/21312.html
La muse et l’artisan
Un lendemain d’apocalypse
À la périphérie d’une cité lacustre
Une muse sort de l’eau
Les châtaignes du temps se sont écrasées
Sur son auburn inchangé
Elle se plaît toujours
Dans le film
De sa vie fantasmée
Ses mains sont élégantes
Mais grossières par leur inutilité
Son regard azuréen
Croise le regard gris marron
D’un artisan
Il a le corps trappu
Mais les mains fines et expertes
Il produit, il créé
Elle n’est qu’un vague consommé
De regards de plus en plus
Distraits par ses rivales
Incessantes
Lui grave sereinement dans l’éternité :
NEC PLURIBUS IMPAR.
Frank ADEBIAYE, mars 2007
Et si l’iPod Shuffle était tout simplement le meilleur iPod ?
Le shuffle sur le sternum comme un sacristain
Je me délecte de mes choix
Je redécouvre mes goûts
J’aime le hasard de ces contours familiers
Je m’exploite dans tout mon arbitraire
J’aime à plaisir toutes ses variances
Qui me conduisent joyeusement ailleurs
Jusqu’à la fin provisoire de mon errance.
Frank ADEBIAYE, mars 2007
24 mars 2007
Curiosités typographiques

Je veux le même !
Source : http://www.veer.com/images/merch/VPR0001140_P2_0601.jpg
Les limites de l’électrotypographie
http://www.lysergid.com/blog/index.php?2007/03/11/326-david-dadner-
http://www.specialten.tv/recommendedVideos/0f10840dda4a84bb23438964343a8e72/
Samuel L. Jackson en typo (dans Pulp Fiction)
http://cinema.fluctuat.net/blog/15247-samuel-l-jackson-a-un-typo-exagere-sur-ce-coup-la.html
Le site pro-typographique de Sylvia Tournerie
http://www.sylvia-tournerie.com/
Après les majuscules et les minuscules, les médiuscules
http://jclat.typepad.com/think/2007/03/mdiuscule.html
Bonjour christesse
http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2007/03/08/bonjour-christesse/
Les affiches de cinéma ne sont pas une évidence
http://www.graphic-exchange.com/exellence/movieposters.html
La leçon d’André Schwarz-Bart
http://passouline.blog.lemonde.fr/2007/03/11/la-lecon-dandre-schwarz-bart/
Adore
http://www.myfonts.com/fonts/canadatype/adore/
Superbe blog typographique portugais
http://intellectadesign.blogspot.com/index.html
Du bon boulot
http://www.muccatypo.com/
Le blog typographique de Font Bureau
http://type101.fontbureau.com/
18 mars 2007
Superbe “Come-Back” avec Hugh Grant et Drew Barrymore

Source : Msnbc média
Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu Hugh Grant au cinéma. La dernière fois, cela devait être avec “Love Actually”.
Et là encore, c’est réussi. Le tandem Hugh Grant - Drew Barrymore fonctionne à merveille.
Nouveauté dans un film de Hugh Grant, le volet musical est également une merveille. C’est bien simple, la BOF est un “must-have”, l’anti-BOF de Philadelphia, celle-là vous mettra de bonne humeur là où celle-ci vous tirait les larmes.
17 mars 2007
Wifi-sniffing
Photo : L'arme absolue contre le piratage des réseaux Wifi
Source : http://www.network4all.nl/img/rj11.jpg
Je connais trop mes contemporains — parisiens en particuliers — pour ignorer le phénomène du wifi sniffing, pour surfer sans fil et sans débourser un sou. Cela devient presque un phénomène de société en même temps que le symbole du free rider parvenu et toujours plus individualiste.
Char de Soleil, renais !

Source : http://www.mgrande.com/weblog/index.php/partosdepandora/comments/rene_char/
Il faut lire (ou relire) René Char (1907-1988). Il faut lire (et relire) de la poésie. Pourquoi s’acharner sur la joliesse aquarelliste du roman alors que la poésie est tout simplement belle et intense ?
« Le poète se reconnaît à la quantité de pages insignifiantes qu’il n’écrit pas. »
René Char, Sur la poésie
Je ne puis résister davantage à la tentation de vous faire partager un extrait de l’œuvre si fascinante de René Char.
Le masque funèbre
Il était un homme, une fois, qui n’ayant plus faim, plus jamais faim, tant il avait dévoré d’héritages, englouti d’aliments, appauvri son prochain, trouva sa table vide, son lit désert, sa femme grosse, et la terre mauvaise dans le champ de son cœur.
N’ayant pas de tombeau et se voulant en vie, n’ayant à donner et moins à recevoir, les objets le fuyant, les bêtes lui mentant, il vola la famine et s’en fit une assiette qui devint son miroir et sa propre déroute.
Extrait de Les Matinaux, 1950, nrf Gallimard
Site créé à l’occasion du centenaire de la naissance de René Char, cette année
http://www.poesie-en-liberte.org/actualite/le-poete-de-l-annee/
10 mars 2007
Puissance et légitimité

Photo : Statue de Louis XIV en empereur romain sur la promenade du Peyrou de Montpellier
Source : http://his.nicolas.free.fr/Histoire/Monuments/Villes/Montpellier/MontpellierPeyrouLouisXIV2_WEB.jpg
J’ai eu le bonheur de louer pendant 2 jours une Laguna Estate. Quelle bonheur !
Je pensais ne jamais pouvoir conduire une voiture d’un tel gabarit. Pas du tout ! On s’y fait très bien figurez-vous. Ainsi capitaine d’une des plus longues voitures françaises, on se sent à la fois puissant & légitime...